Démolition des tours de refroidissement de Tihange 1 et 2 : un chantier d’envergure
Depuis les hauteurs d’Amay ou les berges de la Meuse, leur silhouette est familière : les tours de refroidissement de la centrale nucléaire de Tihange, hautes de plus de 150 mètres, dominent le paysage industriel de la région depuis plus de quarante ans. Mais d’ici peu, elles vont être démantelées.
Dans le cadre du démantèlement progressif de la centrale nucléaire, ENGIE Electrabel s’apprête à démolir les tours de Tihange 1 et Tihange 2.
Cette opération, spectaculaire par son ampleur, transformera durablement le panorama et marquera une étape importante dans la reconversion du site nucléaire.
Une nouvelle phase dans la vie de la centrale de Tihange
Le déclassement d’une centrale nucléaire fait partie intégrante de son cycle de vie, au même titre que sa construction et son exploitation. Il s’agit d’un processus complexe, strictement encadré par les autorités belges et européennes, qui vise à mettre définitivement fin à l’exploitation des installations nucléaires, à gérer en toute sécurité les déchets et à réhabiliter le site pour de futurs usages industriels.
Depuis l’arrêt définitif du réacteur Tihange 2, le 31 janvier 2023, ENGIE Electrabel prépare activement son démantèlement. L’entreprise a opté pour une stratégie de démantèlement immédiat, qui permet une meilleure gestion des risques radiologiques, tout en mobilisant l’expertise du personnel actuellement en poste.
Mais pour pouvoir procéder aux nombreuses opérations techniques à venir, il est indispensable de libérer de l’espace sur le site, notamment pour créer des zones de manutention et de traitement des matériaux issus du démantèlement. C’est dans ce contexte que la démolition des tours de refroidissement de Tihange 1 et 2 s’impose.
Pourquoi démolir les tours maintenant ?
Les deux tours concernées, bien que toujours visibles, ne sont plus utilisées : celle de Tihange 2 est inutilisée depuis janvier 2023, et celle de Tihange 1 le sera très prochainement. À l’inverse, de nombreux autres bâtiments sur le site seront encore nécessaires pendant plusieurs années, notamment ceux liés à l’exploitation de Tihange 3.
Le site étant fortement contraint en termes d’espace, ENGIE Electrabel n’a d’autre choix que d’utiliser l’emplacement des tours pour implanter de nouvelles installations techniques, notamment une aire de manutention, des bâtiments de traitement des matériaux, et des infrastructures destinées à soutenir les opérations de démantèlement et de gestion des déchets.
Le permis unique régional : une étape cruciale
Pour pouvoir entamer les travaux de démolition, ENGIE Electrabel a introduit, le 1er juillet 2025, une demande de permis unique régional auprès de la Ville de Huy. Ce permis, qui regroupe à la fois un permis d’environnement et un permis d’urbanisme, est obligatoire pour tout chantier de cette nature en Wallonie.
Il couvre trois sous-projets distincts :
- La démolition de la tour de refroidissement et du poste haute tension de Tihange 2 ;
- La démolition de la tour de refroidissement et du poste haute tension de Tihange 1 ;
- La construction ou la transformation d’infrastructures : une cabine moyenne tension, un atelier de soudage et des casemates pour l’entreposage de bouteilles de gaz.
Ce permis a fait l’objet d’une enquête publique, du 18 août au 16 septembre 2025, permettant à tous les citoyens Amaytois de consulter le dossier (plans, études d’impact, informations relatives à la sécurité et la gestion de déchets) auprès du service Urbanisme d’Amay et de faire part de leurs observations.
Démolition : un chantier en trois phases
Le démantèlement des tours est un projet ambitieux et techniquement complexe, qui sera réalisé en trois grandes étapes :
- Préparation : cette phase comprend la vidange des circuits de refroidissement, la déconnexion des réseaux électriques et mécaniques, et le démantèlement des équipements internes.
- Désamiantage et retrait des substances dangereuses : les tours, comme de nombreuses infrastructures de cette époque, contiennent encore des matériaux à traiter avec précaution (notamment de l’amiante).
- Démolition proprement dite : après l’obtention du permis, la structure en béton des tours sera démolie par la technique dite du grignotage mécanique, une méthode progressive, maîtrisée et moins intrusive pour l’environnement que des explosifs.
Le chantier est prévu pour s’échelonner entre fin 2026 et courant 2027.
Quelques chiffres impressionnants
| Tour | Hauteur | Diamètre au sol | Masse |
| Tihange 1 | 158,5 m | 128,28 m | 29 240 tonnes |
| Tihange 2 | 158,5 m | 118,62 m | 21 540 tonnes |
Ces dimensions donnent une idée de l’ampleur des travaux à venir. À titre de comparaison, les tours sont plus hautes que la Cathédrale Saint-Paul de Liège ou encore que l’Arche de la Défense à Paris.
Une transformation durable du paysage
Une fois les tours démontées, c’est tout le paysage industriel de la vallée qui s’en trouvera modifié. Leur disparition marquera symboliquement la transition du site nucléaire vers une nouvelle vocation industrielle, plus sobre et tournée vers la gestion responsable des matériaux.
Mais cette transformation ne sera pas seulement visuelle : elle s’accompagne aussi d’une réflexion plus large sur l’avenir du site, avec la construction prévue d’une installation de traitement et conditionnement des déchets radioactifs avant leur évacuation du site, ainsi qu’une réhabilitation progressive du site au fil des prochaines décennies.
Sécurité et environnement
Tout au long du projet, ENGIE Electrabel assure que la sécurité des travailleurs, des riverains et la protection de l’environnement sont des priorités absolues. Le chantier est encadré par l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) ainsi que par les autorités régionales wallonnes. Chaque étape du processus fait l’objet de contrôles stricts, de plans de prévention des risques et de mesures environnementales adaptées.
Et ensuite ?
Ce chantier n’est qu’une étape d’un processus long. D’autres demandes de permis seront introduites :
- En avril 2026 pour la construction de la future installation de traitement des déchets et le démantèlement complet de Tihange 2.
- Une enquête publique régionale et fédérale est d’ores et déjà prévue pour juin-juillet 2026.
La réception finale des autorisations est prévue fin 2026 - début 2027, avant le lancement du démantèlement des structures nucléaires proprement dites.
Un tournant pour notre territoire
Pour les riverains amaytois, la disparition progressive des tours de Tihange représente à la fois un changement visuel important, mais aussi une évolution significative de l’activité industrielle locale. Ce déclassement, mené dans la transparence, est une étape cruciale vers le futur site.
Le saviez-vous ?
Il existe une convention entre Engie ELECTRABEL et notre Commune afin de financer des projets en lien avec la transition énergétique et le développement durable.
Quelques chiffres-clés
En 2023, ELECTRABEL a financé des projets communaux amaytois à hauteur de 276.250€ :
- Remplacement de l'éclairage du Service environnement (bureaux) : 4.350,22€
- Installation de compteurs communicants pour l'eau (SWDE) : 17.819,00€
- Remplacement et isolation de la toiture du hall omnisports : 254.080,78€
En 2024, 180.944 € ont permis de financer le remplacement de l'éclairage public phase 3 (162.325,43 €) et le placement de screens solaires pour le bâtiment des travaux administratifs (18.618,57 €).
Au total, pas moins de 6.947.582,84 € auront été investis, de 1997 à 2025, dans des projets communaux par Engie ELECTRABEL.
En bref A retenir
- Permis unique régional – enquête publique clôturée le 16 septembre 2025
- Enquête publique régionale et fédérale prévue en juin-juillet 2026
- Démolition par grignotage mécanique des tours de Tihange 1 et 2 prévue en 2026-2027
- Projet encadré par l’AFCN et le SPW
- Consultation citoyenne : votre avis compte